12/05/2021

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LE 27 JUIN, C’EST LE JOUR DE L’ABSINTHE

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Le neuvième jour du mois de Messidor (27 juin) du calendrier républicain est dédié à l’absinthe officinale (Artemisia absinthium), plante caractérisée par son odeur fortement aromatique et sa saveur très amère. Le nom botanique Artemisia évoque la déesse Artémis (Diane), sœur jumelle d’Apollon, qui symbolisait le tonus et la bonne santé. De fait, l’absinthe fut considérée depuis l’Antiquité comme l’une des plantes possédant les précieuses vertus thérapeutiques.

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Absinthe. ©www.map-photos.com – Frédéric Tournay

L’absinthe, une plante européenne des sols secs

Plante vivace appartenant à la famille des Asteraceae (Composées), Artemisia absinthium a été décrite et nommée en 1753 par l’inévitable naturaliste Suédois Carl von Linné. L’absinthe se rencontre spontanément dans toute l’Europe, exceptée la partie nord jusqu’à une altitude de 2 000 m, préférant les terrains incultes, secs et rocailleux.

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L’absinthe forme naturellement un buisson élégant par la texture et la couleur de son feuillage. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane

La souche ligneuse de l’absinthe officinale développe une tige vert argenté, dressée et cannelée, de 40 cm à 1 m de haut, à la texture duveteuse. Les feuilles sont gris verdâtre dessus, blanches dessous, soyeuses, pétiolées et très découpées. De juillet à septembre, la plante porte des panicules de fleurs jaunes, tubuleuses, groupées en petits capitules globuleux.

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La floraison estivale de l’absinthe n’est guère spectaculaire. ©www.map-photos.com – GWI

Une plante officinale difficile à avaler

Encore appelée grande absinthe ou plus localement : aluine, alvine, armoise amère, herbe aux puces, herbe aux vers, herbe des vierges, herbe sainte, la plante était dénommée absinthion par les poètes grecs, ce qui signifie « impossible de boire » ou « privé de douceur » allusion à la saveur très amère de la plante don l’infusion est difficile à avaler. Dès cette époque, on se servit de ce mot pour exprimer au figuré tout ce qu’il y avait de plus amer dans la vie.

À Rome, lors des jeux du cirque, les vainqueurs des courses de chars, devaient prendre une boisson mêlée d’absinthe pour se rappeler que la gloire a ses amertumes. De même, dans les Écritures saintes, l’absinthe symbolise les épreuves et les chagrins de la vie.

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Étymologiquement l’absinthe signifie : « impossible à boire » en raison de son amertume. ©Gothic narcissus

La petite histoire de l’absinthe officinale

Depuis la plus haute antiquité, l’absinthe a été considérée comme une plante aux précieuses vertus thérapeutiques. Elle est citée comme : tonique, stimulante, fébrifuge (qui fait tomber la fièvre), antihelminthique (qui chasse les vers), antiseptique, diurétique et emménagogue (qui fait venir les règles) dans un papyrus égyptien datant de 1 600 avant Jésus Christ.

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Artemisia absinthium. ©Flora Batava 1844

Chez les Anciens, l’absinthe était considérée comme l’emblème de la santé. On la cultivait dans les jardins et les pauvres la semaient dans des pots pour se protéger des maladies. Chez les Romains, au premier siècle de notre ère, Pline et Dioscoride la mélangeaient à l’anis puis l’infusaient dans le vin.

Pour Pline, l’absinthe : « resserre l’estomac, fait sortir la bile, est diurétique, amollit le ventre, le guérit s’il est douloureux, chasse les vers et dissipe les faiblesses d’estomac et les flatuosités. Elle fait cesser le dégoût et aide à la digestion ». (Histoire naturelle, livre XXXVII, St 28).

Chez les Grecs, le médecin réputé Galien (129-216) recommandait l’armoise contre la malaria, et bien avant le célèbre Hippocrate (-460 à -370) l’utilisait contre l’ictère.

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La représentation de l’absinthe du « De materia medica » de Dioscoride publiée dans en 514 dans le « Juliana Anicia Codex ».

La plante née de l’âme du mari d’Artémise

Selon la légende, au quatrième siècle avant Jésus-Christ, une des reines de Carie (l’actuelle région de Bodrum au Sud-Ouest de la Turquie) se nommait Artémise. Mausole, qui était à la fois son frère et son époux, partit en guerre. Après avoir conquis les îles de Rhodes et de Cos, le roi Mausole revint en Carie avec une forte fièvre typhoïde et il mourut (-353) dans les bras de la sensible Artémise.

Cette dernière lui fit bâtir le mausolée d’Halicarnasse qui fut la cinquième des sept Merveilles du monde. Mesurant 45 m de haut, la construction était ornée de sur ses quatre côtés de statues réalisées par les plus célèbres sculpteurs grecs de l’époque.

Inconsolable, Artémise, qui avait enfermé les cendres de Mausole dans un vase, voulut s’imprégner totalement de l’âme de son mari, en diluant chaque jour une pincée de cendres dans sa boisson.

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La reconstitution du mausolée d’Halicarnasse

Un beau jour, elle aperçut dans une fissure du marbre du mausolée une plante couverte de petites fleurs jaune pâle. Cette teinte n’existait chez aucune autre fleur de toute la Carie. Artémise rassembla tous les savants du royaume, les sommant de lui indiquer la nature de cette plante qui osait profaner le roi Mausole.

La plante resta inconnue pour toute la communauté scientifique qui déclara : « Nous, docteurs assemblés du royaume de Carie et fidèles sujets de la reine Artémise avons examiné avec soin la plante en question. Ses propriétés sont stomachiques, toniques, antiacides, antiputrides, fébrifuges, vermifuges et emménagogues… »

Artémise fut alors persuadée que l’âme de Mausole lui envoyait cette fleur mystérieuse et bienfaitrice. Elle fit distiller la plante qui exprima une essence verte, qu’Artémise but comme une liqueur. L’absinthe était née !

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La liqueur verte d’absinthe. ©Eric Litton

Un élixir aux effets délétères

De Baudelaire à Verlaine, de Toulouse-Lautrec à Modigliani, en passant par Van Gogh et Picasso, de nombreux artistes, écrivains et peintres recherchèrent l’inspiration dans la fréquentation immodérée de la « fée verte », absinthe titrant 65°. Beaucoup l’ont intégrée directement à leur œuvre, comme Degas qui la peignit sur l’une de ses toiles accrochées au Louvre ou Zola qui évoque « l’élixir d’absinthe » dans L’Assommoir.

Et Oscar Wilde (1854 – 1900) d’écrire : « L’absinthe apporte l’oubli, mais se fait payer en migraines. Le premier verre vous montre les choses comme vous voulez les voir, le second vous les montre comme elles ne sont pas ; après le troisième, vous les voyez comme elles sont vraiment. »

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Le célèbre tableau de Edgar Degas « l’absinthe » peint en 1876 est exposé au musée d’Orsay à Paris.

Une plante décorative et insecticide pour le jardin

Si l’absinthe sauvage n’est pas particulièrement spectaculaire, on cultive avec plaisir l’absinthe argentée (Artemisia absinthium ‘Lambrook Silver’) dans un sol léger plutôt sec et calcaire. La plante qui ne dépasse pas 50 cm de haut, sa pare d’un feuillage semi-persistant, blanc argenté, très décoratif.

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Le feuillage franchement argenté d’Artemisia absinthium ‘Lambrook Silver’. ©Flora

Artemisia absinthium ‘Lambrook Mist’ est une forme plus vigoureuse qui mesure de 70 à 90 cm de haut. Son feuillage franchement argenté, régulièrement découpé, en fait une plante très intéressante pour mettre en valeur la floraison d’autres espèces.

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Artemisia absinthium ‘Lambrook Mist’ et Verbascum phoeniceum ‘Violetta’. ©www.map-photos.com – N. & P. Mioulane

Artemisia ‘Powis Castle’ est un cultivar au feuillage persistant gris argenté finement découpé, quasi plumeux, obtenu par croisement d’Artemisia absinthium avec A. arborescens. Cette plante vigoureuse, qui dépasse 1 m de haut, est classée parmi les sous-arbrisseaux (vivace herbacée à souche ligneuse).

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Le feuillage très vaporeux d’Artemisia ‘Powis Castle’ trouve toujours sa place dans le jardin. ©www.map-photos.com – Nathalie Pasquel

On peut utiliser le purin d’absinthe comme anti pucerons ou comme acaricide naturel (macération de 300 g d’absinthe par litre d’eau). Il semble que l’odeur de l’absinthe joue un effet répulsif sur les insectes ravageurs des Brassicacées : piéride du chou et altise potagère qui attaque chou, navet, radis. Elle pourrait aussi avoir un effet confusant sur le plan olfactif pour la mouche de la carotte.

On dit qu’un bouquet d’absinthe séché placé dans les armoires éloigne les mites, d’où le proverbe : « Dans une chambre bien balayée où pend de l’absinthe, aucune puce ne risquerait sa vie à se faire connaître ».

On a observé des phénomènes d’allélopathie avec l’absinthe dont les racines sécrètent de l’absinthine, un principe amer (lactone sesquiterpène) qui présente des effets inhibiteurs sur le développement des plantes présentes alentour (sur 1 m de diamètre environ).

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Artemisia ‘Lambrook Silver’ réussit bien dans une grande jardinière, éloignant les insectes indésirables. ©www.map-photos.com – Pasmiou

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