12/05/2021

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L’OLIVIER UN ÊTRE VÉNÉRABLE

Gravure branche Olivier

L’olivier serait né en Grèce de par la volonté de la déesse Athéna, soucieuse d’offrir à la population un symbole de prospérité. En ces temps lointains, Cécrops, un roi puissant qui possédait un physique pour le moins particulier, le bas de son corps étant celui d’un serpent, souhaitait baptiser d’un tout nouveau nom la ville d’Attique qu’il avait bâtie.

Gravure branche Olivier

Gravure d’une branche d’Olea europaea

Athéna, la déesse de la pensée, des arts, des sciences et de l’industrie, qui plus est fille du grand patron, Zeus, et Poséidon, dieu de la mer, qui jalousait son propre frère, Zeus, proposèrent tous deux leur nom pour la cité.

L’affaire étant délicate, le tribunal de l’Olympe se montrait bien hésitant à statuer. L’assemblée divine hésitait à prendre position d’autant plus que Poséidon, réputé pour ses colères brutales et incontrôlables, pouvait à tout moment déclencher tempêtes et raz-demarée. Pour éviter tout risque de cataclysme, Zeus proposa que le nom choisi soit celui des prétendants qui ferait aux habitants de la ville le plus important des cadeaux. Poséidon, grattant le sol avec son trident, fit jaillir d’une roche un magnifique cheval, une bête splendide, douée pour le combat. Athéna, prudente, toujours accompagnée de sa lance, frappa le sol avec son arme et apparut un majestueux olivier couvert de fruits. Bien que beau et noble, le cheval augurait de nouveaux combats pour des habitants trop souvent affectés par les guerres. En revanche, l’olivier annonçait la prospérité et pouvait rendre à l’humanité des services innombrables. Les hommes optèrent pour le cheval. Les femmes, plus subtiles, plus sages et plus nombreuses choisirent l’arbre.

 

Arbre aux mille usages

Dès l’Antiquité, l’huile d’olive s’est répandue comme un produit de première nécessité affublé de nombreuses vertus. On l’utilisait pour l’éclairage (lampe à huile) dans les lieux saints comme dans les foyers les plus humbles. Elle entrait dans la composition des onguents destinés à préserver les traits et le corps des morts qui étaient embaumés. Un document gravé sur des tablettes d’argile, datant de 2 500 ans avant J.-C., fait déjà mention des différentes huiles d’olive. La culture de l’olivier et l’extraction de l’huile d’olive sont connues en Crète depuis l’époque du légendaire roi Minos. Avec les rameaux d’olivier, on tressait des couronnes pour accueillir les héros de Grèce et de Rome. Le Deutéronome (VIIe siècle avant J.-C.), dernier livre de la Torah, renferme un précepte relatif à la récolte de l’olive : « quand tu gauleras ton olivier, n’y glane pas après coup, ce sera pour l’étranger, la veuve et l’orphelin. » Originaire d’Asie Mineure ou de Syrie, mais on ne le connaît pas à l’état sauvage, l’olivier a été introduit en Provence 600 ans avant J.-C. par les Phocéens, fondateurs de la ville de Marseille, d’où lui vient son nom de « cité phocéenne ». À l’époque des Croisades (1095- 1291), l’olivier devint le bois privilégié dans la confection des arcs. On taillait aussi dedans les statues des divinités, les sceptres des rois, les tabernacles et les instruments de combat célébrant les héros. Les feuilles d’olivier contiennent surtout des pigments flavoniques, de la choline, des dérivés triterpéniques, surtout des iridoïdes, dont l’oleuropéoside qui leur confère des propriétés hypotensives.

Roquebrune Olivier Millenaire

Le tronc exceptionnel de l’olivier vénérable de Roquebrune-Cap-Martin.

 L’arbre de la paix

Depuis des temps immémoriaux, l’olivier symbolise la paix et toutes les religions ou presque le vénèrent. Il doit cette symbolique à son extrême résistance à la sécheresse, notamment à sa faculté de repartir après avoir subi le feu ou le gel. Pour les musulmans, l’olivier est l’arbre central, la source de la lumière divine. Il est décrit dans le Coran comme « une niche où se trouve une lampe, la lampe dans un verre, le verre comme un arbre de grand éclat ; elle tient sa lumière d’un arbre béni, l’olivier, dont l’huile éclaire, ou peu s’en faut, sans même que le feu y touche ». Pour la Bible, l’olivier représente l’amitié entre les peuples et la paix retrouvée. Noé se désespérait sur son arche, après que les eaux eurent recouvert la Terre. Un matin, la colombe qu’il avait envoyée en éclaireur réapparut, tenant dans son bec un rameau d’olivier. Ce présage lui signifiait que la vie était enfin de retour et l’eau se mit à reculer. Il n’est donc pas étonnant que l’Organisation des Nations unies ait choisi pour emblème les feuilles de ce petit arbre chargé de symboles. Le 13 novembre 1974, Yasser Arafat, leader incontesté du Front de libération de la Palestine déclara à la Haute Assemblée : « Je viens à vous avec un rameau d’olivier dans la main gauche, et une mitraillette dans la droite. Ne faites pas tomber le rameau d’olivier. » Malheureusement, la situation n’a guère évolué, et ce pays où vivent par milliers de vieux oliviers ignore encore la paix.

Olea europaea

Un arbre à la mode, depuis 1990, la production mondiale d’huile d’olive a plus que doublé.

Mathusalem végétal

Il est fréquent d’attribuer à de vieux oliviers des âges canoniques. Pline citait déjà un olivier sacré âgé de 1 600 ans. L’arbre poussait en Grèce et nul ne sait ce qu’il est devenu. Certains sujets ont néanmoins traversé les siècles avec grandeur… Le plus ancien spécimen vivant pousserait sur la commune d’Ano Vouves en Crète. Cet arbre dont le tronc mesure 12,5 m de conférence pour un diamètre de 4,6 m, serait âgé d’environ 3 000 ans. Le titre de « doyen des oliviers » lui est contesté par « S’Ozzastru », un arbre de dimensions similaires, qui croît près du village de Santu Baltolu di Carana au nord de la Sardaigne. De l’autre côté de la Méditerranée, au Liban, un olivier baptisé « l’arbre des Perses » affronte le temps avec panache et continue de fructifier à 2 700 ans ! Plus proche de nous, dans les Alpes-Maritimes, à Roquebrune-Cap-Martin, un olivier serait l’arbre le plus vieux de France. Âgé d’environ 2 000 ans, il possède un tronc extraordinaire d’une circonférence de 20 m. Cet arbre est devenu la fierté de la ville, et c’est justice d’autant plus qu’il fut menacé autrefois d’être coupé… simplement pour faire de la place ! 

 

Branche olives

Olives (Olea europaea). ©MAP/Nicole et Patrick Mioulane

Commerce à contrôler

En France, les oliviers sont à la mode et l’on vend un peu partout, de manière trop insouciante et peu professionnelle, des arbres plusieurs fois centenaires, arrachés à leur terre d’Espagne. Aucune législation n’a encore réglementé ce commerce qui encourage le pillage de plantations vénérables ou leur destruction par des promoteurs peu scrupuleux. Mais il faut aussi relativiser l’impact de ce négoce, qui permet parfois de sauver des arbres menacés tout simplement d’être éliminés. Par ailleurs, avec les années, le tronc des oliviers se craquelle, se fissure et peut donner l’impression d’un arbre presque millénaire alors qu’il n’est parfois âgé que d’une bonne centaine d’années.

Il inspire Van Gogh 

Les oliviers fascinent par leur beauté. Vincent Van Gogh (1853- 1890), l’un des plus grands peintres de tous les temps, consacra des journées entières à les contempler. En septembre 1889, il écrivit à son frère Théo : « les oliviers sont caractéristiques et je lutte pour attraper cela. C’est de l’argent, tantôt plus bleu, tantôt verdi, bronzé, blanchissant sur terrain rose, violacé, orangeâtre jusqu’à l’ocre rouge. Mais fort difficile, fort difficile. Mais cela me va et m’attire de travailler dans l’or et l’argent. Et, peut-être un jour, en ferai-je une impression personnelle comme le sont les tournesols pour les jaunes. » Et l’artiste de poursuivre : « Ah ! Mon cher Théo, si tu voyais les oliviers à cette époque-ci !… Le murmure d’un verger d’oliviers a quelque chose de très intime, d’immensément vieux. C’est trop beau pour que j’ose le peindre ou puisse le concevoir. » Cet extrait de texte atteste que Vincent Van Gogh maniait la plume avec presque autant de talent que le pinceau. Le grand impressionniste a su avec justesse décrire cet arbre symbole de prospérité et de triomphe. Rien d’étonnant à ce que André Gide, dans Les Faux-Monnayeurs, un ouvrage paru en 1925, couche sur le papier toute sa tendresse pour cet arbre majestueux : « Je sens un immense besoin d’aérer un peu mes pensées et d’aller retrouver mon cher olivier. » Si les hommes depuis la nuit des temps s’intéressent à cet arbre pour sa longévité et la préciosité de l’huile que ses fruits leur offrent, ils s’étonnent toujours du caractère solitaire du végétal. En effet, il n’existe pas de forêts d’oliviers.

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